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Médiathèque Paul Valéry

L’ami arménien d'Andreï Makine

 

L’ami arménien

Andreï Makine

Éditions Grasset – Janvier 2021  

 

 

 

 

Dans une prose ciselée et ineffable, Andreï Makine nous conte l’automne de ses treize ans et la rencontre de celui qu’il n’oubliera jamais : Vardan, jeune garçon solaire qui ne cache pas sa différence car, dit-il : « Je dois être juste celui-là, personne d’autre. » (p. 150). Différent de par ses origines : il vient d’Arménie et nous sommes au fin fond de la Sibérie. Éloigné, de par ses actes et pensées, des adolescents de son âge. Il semble empreint d’une Sagesse naturelle, d’une grandeur d’âme et ouverture de cœur peu communes. De ses êtres rares rencontrés qui nous font grandir. Nous élève inexorablement vers le haut. Alors, que l’adolescence de l’auteur « se déroule sur fond d’une très grande accoutumance aux souffrances subies et imposées » (p. 26) dans son orphelinat lugubre, Vardan lui ouvre les portes d’un monde inconnu haut en couleurs : le Royaume d’Arménie et ses habitants. Et de connaître Chamiram la maman de Varan aux mystérieuses photos, la belle et énigmatique Gulizar qui porte avec constance un colis à son bien-aimé enfermé pour … dissidence, Sarven, un vieil homme empli de sagesse. Royaume de vies précaires, solidaires, unies dans l’espérance d’un procès clément pour les leurs, qui bouleversera, à jamais, le cœur de notre protagoniste. Au fil des pages, les langues se délient, le cœur se dilate, Andreï comprend « que nos vies glissaient tout le temps au bord de l’abîme et que, d’un simple geste nous pouvons aider l’autre, le retenir d’une chute, le sauver. » (p. 114). Ou l’anéantir... Mais, face à la barbarie, il y a des instants magiques comme le vol des oies sauvages où le Beau balaye toute souffrance. « Je me sentis, écrivit l’auteur, péniblement muet, ne sachant pas encore que le désir de partager cet instant de beauté était le sens véritable de la création… » (p. 47)

Très grand coup de cœur ! L’écriture est exceptionnelle, en tout cas, j’adore ! Ce roman d’apprentissage autobiographique, empreint d’humanisme, narre une amitié qui se passe de mots, va à l’essentiel dans une communion d’âmes et de cœurs et s’ouvre vers l’universel. Des personnages puissants, captivants, un style, éblouissant. « Juste » grandiose !

Vous trouverez L’Ami arménien dans les rayons de la médiathèque !

 

Extrait : 

« Quelques jours plus tard, quand nous traversions le même passage à niveau, désert cette fois, il murmura très bas – je l’entendis à peine : 

« Si on peut faire ça à une femme… enfin, accepter qu’elle n’ait que cela à vivre, alors pourquoi continuer tout ce cirque ? »

C’était la première fois de ma vie qu’un tel jugement, inouï dans sa force radicale, s’exprimait : la douleur d’une femme, sa souffrance – admise et tolérée par les autres- condamnait la totalité de notre monde !  …. Cette façon de penser m’abasourdit par son intransigeance folle et, pourtant, refuser d’admettre la noyade dans la détresse vécue par une seule personne allait m’apparaitre, avec l’âge, comme l’unique critère véritable pour évaluer la justesse et la sincérité des plus belles professions de foi humanistes. Une pierre de touche pour chaque objet messianique, pour chaque parole évoquant, en général, la fraternité et le partage. » (p. 22-23)


La littérature peut-elle nous sauver du chaos ? Je vous invite à écouter un extrait et interview de l’auteur.

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