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Médiathèque Paul Valéry

Alabama 1963 de Ludovic Manchette et Christian Niemiec  


Alabama 1963

 

Ludovic Manchette, Christian Niemiec  

Éditions le Cherche Midi – 2020

 

 

 

Comme nous le précise le titre, l’intrigue se déroule en Alabama en cette terrible année où l’Amérique des Blancs et des Noirs, des Jaunes et des Rouges, pleura, sans distinction de races, le meurtre du Président Kennedy. En 1963 donc, à Birmingham, petite bourgade tranquille si chaque communauté « reste à sa place », une fillette disparaît. La police du comté ne semble guère motivée à rechercher activement l’enfant volatilisée car il faut bien avouer qu’elle possède le handicap notoire de faire partie de la communauté noire... Les parents désespérés organisent des battus et tout le quartier vient aider, car on se serre les coudes dans la communauté ! Après 9 jours d’une intolérable attente, le corps sans vie de la fillette est retrouvé, bientôt suivi d’une autre disparition. Les policiers toujours peu préoccupés de trouver le personnel et les moyens dignes d’une réelle chasse à l’homme, les parents contactent le détective, Bud Larkin personnage aussi crasseux qu’atypique passant le plus clair de son temps à boire, cuver et s’écrouler ivre mort entre deux filatures de maris… déshonorés. Dans le même temps, le lecteur fait la connaissance d’Adela, la malicieuse et intrépide jeune veuve, mère de trois enfants, qui travaille au service des familles blanches pour faire « bouillir la marmite ». Une plaisanterie de deux amis de beuverie de Bud permettra la rencontre improbable de ces deux êtres que tout oppose… Le couple d’enquêteurs pourra-t-il mener à bien sa mission même si Adela « n’avait pas envie qu’on la voie traîner avec un Blanc. Elle tenait à sa réputation. » (p.119)

Roman très plaisant, addictif et quelque peu insolite. Récit très visuel, les images défilent à un rythme trépidant, les scènes cocasses se succèdent, les réparties sont savoureuses sans pour autant tomber dans la facilité. Ainsi, aucun manichéisme ne vient entacher le plaisir de lecture : les imbéciles, les esprits étroits ne sont, fort heureusement pas, l’apanage du peuple « blanc » et chacun peut se remettre en question. Les personnages, même secondaires, sont attachants et le lecteur se surprend à fréquemment sourire, fort attendri, au cours du récit. Car, même si la barbarie du KKK est en filigrane, ce roman n’est pas glauque et apporte même une agréable touche de fraîcheur. En effet, il dépeint des Hommes de bonne volonté et rappelle avec force que l’on peut toujours changer… Une bouffée d’optimisme dans le marasme ambiant !

Vous trouverez Alabama 1963 dans les rayons de la médiathèque.

 

Extrait du Discours des droits civiques du 11 juin 1963 du Président Kennedy :

« Pouvons-nous affirmer au monde, et surtout à nos compatriotes, que nous sommes le pays de la liberté, sauf pour les Noirs ? Que nous n’avons pas de sous-citoyens, sauf les Noirs ? Que nous n’avons pas de systèmes de classe sociale ou de caste, pas de ghetto, pas de race supérieure, sauf quand il s’agit des Noirs ! … la notion de race n’a sa place ni dans la vie ni dans la loi américaine.» (p.108)

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